Le 28 octobre, Apple a présenté le MacBook Pro à écran PROLED XDR. En vitrine : le premier Mac doté d’un OLED tandem, d’un écran tactile et de la « Dynamic Island » héritée du téléphone, et, dans le communiqué de presse, des slogans enthousiastes sur un appareil « 10,9 fois plus rapide » et des « basses 50 % plus profondes ». Mais si l’on ouvre les notes de bas de page en petits caractères et qu’on pose à côté les caractéristiques de l’ordinateur portable qu’Apple vend depuis mars, on découvre une chose étonnante : à l’intérieur se trouvent exactement les mêmes puces M5 Pro et M5 Max, avec un gain de vitesse nul, et les paramètres de l’écran ont à peine changé. En revanche, une question essentielle est apparue, sur laquelle la présentation garde un silence de mort : comment le nouvel OLED règle-t-il sa luminosité ? S’il utilise la même PWM basse fréquence que l’iPad Pro et l’iPhone, alors, pour 400 $ de plus, les acheteurs obtiendront le premier MacBook de l’histoire qui scintille à une fréquence de téléphone et ruine méthodiquement la vue.
Ce qui a été annoncé
- Modèles : 14 et 16 pouces, sur les mêmes puces M5 Pro et M5 Max qu’avant.
- Écran : OLED tandem à la place du mini-LED. La luminosité de crête en HDR passe à 2 000 nits, le contraste annoncé à 10 000 000:1. Le reste — densité de 254 ppp, 1 000 nits en continu sur tout l’écran, 1 nit au minimum, ProMotion 120 Hz et True Tone — est strictement identique au modèle du printemps.
- Nouvelles commandes : un écran tactile à tapoter du doigt et une découpe Dynamic Island au lieu de l’« encoche ».
- Châssis : 220 à 320 grammes plus léger et un demi-millimètre plus fin que l’ancien.
- Calendrier et prix : précommandes dès le 28 octobre, en magasin à partir du 6 novembre. Aux États-Unis, à partir de 2 899 $ pour le modèle 14 pouces de base avec M5 Pro.
Source : le communiqué de presse d’Apple.
Et tout de suite un détail qui ne fait pas les gros titres : l’« ancien » MacBook Pro à écran mini-LED, doté exactement des mêmes processeurs M5 Pro et M5 Max, n’a pas disparu et reste en vente sur l’étagère d’à côté. Et ce « vétéran » n’a que sept mois : il a été présenté le 3 mars et mis en vente le 11 mars 2026 (Apple Newsroom).
La question principale, c’est la PWM. Si elle est en basse fréquence, c’est une catastrophe
Commençons par ce qu’Apple préfère taire, alors que pour un outil de travail, c’est plus important que n’importe quel multiplicateur marketing. L’écrasante majorité des dalles OLED abaissent la luminosité au moyen de la modulation de largeur d’impulsion (PWM). Les pixels n’éclairent pas plus doucement : ils s’allument et s’éteignent sans arrêt des centaines de fois par seconde, obligeant vos yeux et votre cerveau à faire la moyenne de ces flashs. Plus la fréquence de scintillement est basse, plus un tel écran frappe fort le système nerveux.
Chez un très grand nombre de personnes, un tel écran provoque au bout d’une demi-heure des douleurs aux yeux et des maux de tête lancinants. Et ce n’est pas du tout parce que ces personnes auraient « quelque chose qui ne va pas ». C’est exactement l’inverse : elles ont un système visuel rapide et un cerveau vif, qui parvient à enregistrer des micro-événements. Là où une personne moins sensible voit une image calme, un œil attentif perçoit un stroboscope. L’écran mitraille de flashs des centaines de fois par seconde et devient un irritant permanent pour la vue et pour le psychisme.
Un smartphone doté d’un tel écran peut au moins retourner dans la poche après une réponse de deux minutes dans une messagerie. Un ordinateur portable est un établi devant lequel on reste huit à dix heures par jour, les yeux rivés sur la dalle à longueur de bras. Dans ces conditions, une PWM basse fréquence ruine la vue à coup sûr.
Que dit Apple du scintillement du PROLED ? Strictement rien. Ni la page des caractéristiques ni le document d’ingénierie consacré au nouvel écran (document technique d’Apple) ne contiennent un seul mot sur le mode de réglage de la luminosité ou la fréquence de la PWM. La question est également éludée dans les premiers comptes rendus des journalistes d’Ars Technica, de Tom’s Guide et de Gizmodo depuis les stands de démonstration. En revanche, Apple met fièrement en avant une luminosité minimale de 1 nit — or c’est justement à luminosité réduite, dans une pièce le soir, que le stroboscope OLED fonctionne dans son mode le plus agressif.
Pour comprendre ce qu’on peut attendre du nouvel écran, il suffit de regarder les mesures d’autres appareils Apple dotés d’écrans du même type :
- iPad Pro M4 (2024) — le premier OLED tandem d’Apple, proche parent direct de l’écran actuel du MacBook. Le laboratoire de Notebookcheck y a mesuré un désolant 239,1 Hz et a explicitement mis en garde contre le risque de fatigue oculaire et de maux de tête (Notebookcheck). À titre de comparaison, le précédent iPad Pro 11 (2022), avec un écran IPS classique, ne scintillait pas du tout.
- iPhone 17 Pro — les mêmes 240 Hz à luminosité minimale et une fréquence secondaire de 480 Hz (Notebookcheck). Dans iOS 26, l’entreprise a tenté de masquer le problème avec un interrupteur logiciel baptisé Display Pulse Smoothing (« lissage des impulsions »), mais d’après les tests de Notebookcheck, il ne fonctionne qu’en dessous de 25 % de luminosité et ne change absolument rien à la fréquence de scintillement elle-même (Notebookcheck). Cette béquille a-t-elle au moins été intégrée à macOS 27 ? Silence radio.
Et qu’en était-il des MacBook jusqu’à aujourd’hui ? Avant le PROLED, aucun portable Apple de la base de tests de Notebookcheck n’était jamais descendu aux fréquences « de téléphone ». Le MacBook Air M2 ne scintille pas du tout (Notebookcheck), et sur tous les autres modèles, le rétroéclairage fonctionnait à des fréquences que l’œil humain est physiquement incapable de percevoir :
- 117 000 à 122 000 Hz (117–122 kHz) pour les écrans IPS classiques du MacBook Pro 15 (2016–2017), du MacBook Air 2020 et du MacBook Pro 13 M1/M2 (Notebookcheck, Notebookcheck, Notebookcheck) ;
- 14 880 Hz pour tous les MacBook Pro à rétroéclairage mini-LED, y compris l’actuel modèle de mars équipé du M5 Max (Notebookcheck). C’est 62 fois plus rapide que le scintillement de l’OLED tandem de l’iPad Pro.
Même les concurrents du camp Windows qui installent des dalles OLED tandem dans leurs portables s’efforcent de pousser la fréquence au moins au-delà de 1 200 Hz — comme sur le Lenovo ThinkPad P1 Gen 8 (Notebookcheck).
Le bilan pour l’écran est simple. Si les ingénieurs d’Apple ont transposé dans le MacBook leur schéma chéri de tablette et de téléphone à 240–480 Hz, c’est un arrêt de mort pour les professionnels. Posez-vous une question élémentaire : si, pendant une année entière, chaque jour ouvrable, huit heures d’affilée, vous regardez un stroboscope de près, que deviendront vos yeux ? Nul besoin d’un diplôme d’ophtalmologiste pour connaître la réponse. Aucun « dix millions pour un » sur une bannière publicitaire ne compensera une vue abîmée. Tant que des mesures instrumentales à l’oscilloscope ne seront pas publiées après le 6 novembre, acheter cette nouveauté à l’aveugle relève de la pure roulette avec votre santé — à vos frais.
Vous avez acheté un MacBook Pro au printemps ? Inutile même de vous lever de votre fauteuil
Nous avons ouvert côte à côte deux fiches techniques officielles d’Apple : le MacBook Pro mini-LED de mars et le MacBook Pro PROLED XDR d’octobre.
| Caractéristique | MacBook Pro (mars 2026, mini-LED) | MacBook Pro PROLED XDR (octobre 2026) |
|---|---|---|
| Processeur et graphismes | M5 Pro : CPU 15/18 cœurs, GPU 16/20 ; M5 Max : CPU 18, GPU 32/40 | exactement les mêmes |
| Mémoire vive | 24–64 Go (Pro), 36–128 Go (Max) | exactement la même |
| Stockage (Max) | jusqu’à 8 To | jusqu’à 16 To |
| Contraste | 1 000 000:1 | 10 000 000:1 |
| Luminosité de crête HDR | 1 600 nits | 2 000 nits |
| Luminosité continue plein écran | 1 000 nits | 1 000 nits (inchangée) |
| Tactile et Dynamic Island | non | oui |
| Batterie 14″ / 16″ | 72,4 / 100 Wh | 72,6 / 100 Wh |
| Autonomie 16″ M5 Pro (vidéo/web) | 24 / 17 h | 24 / 17 h (inchangée) |
| Poids 14″ / 16″ (M5 Pro) | 1,60 / 2,14 kg | 1,38 / 1,82 kg |
| Épaisseur 14″ / 16″ | 1,55 / 1,68 cm | 1,50 / 1,60 cm |
| Ports | 3×TB5, HDMI, SDXC, MagSafe 3, 3,5 mm | les mêmes, plus genlock |
| Clavier, trackpad, caméra 12 Mpx | de base | les mêmes (stabilisation ajoutée à la caméra) |
Le tableau est limpide : processeur, graphismes, mémoire, batterie, autonomie, clavier et connectique ont été repris du portable de mars sans la moindre modification. Apple le formule elle-même dans son communiqué avec une élégance inimitable : la nouveauté offre « les mêmes performances soutenues incroyables des M5 Pro et M5 Max ». Traduit de la langue des RP en langage humain, l’entreprise l’avoue noir sur blanc : le gain de performances par rapport au modèle du printemps est un zéro pointé.
Même l’écran, en chiffres bruts, a changé bien plus modestement que la publicité ne veut le faire croire : la crête HDR a été relevée de 1 600 à 2 000 nits, un mode 2 000 nits en plein soleil a été ajouté, et la fréquence de rafraîchissement minimale est descendue à 10 Hz. La luminosité de travail plein écran (1 000 nits), la densité de pixels (254 ppp), les 120 Hz et l’option de verre mat nano-texture sont restés les mêmes.
Le tour de passe-passe de l’Adobe RGB et du « vert manquant ». Dans sa présentation, Apple annonce fièrement : « large gamut P3 et, pour la première fois, Adobe RGB ». Pour les non-initiés, cela sonne comme une percée en physique des cristaux. En réalité, le passage à un profil Adobe RGB est un réglage logiciel accompagné d’une table de calibrage d’usine, qu’on pouvait sélectionner en deux clics sur n’importe quel Mac depuis quinze ans. En revanche, la seule caractéristique matérielle — le pourcentage physique réel de couverture de l’espace Adobe RGB par la nouvelle dalle —, Apple ne l’a donnée ni sur son site, ni dans le communiqué, ni dans le document technique PDF, se contentant d’un chiffre de 81 % pour la norme vidéo Rec. 2020 (document technique d’Apple). Pendant ce temps, la dalle mini-LED de mars, prétendument « dépassée », atteignait sans tambour ni trompette 88 % de l’Adobe RGB selon les mesures indépendantes de Notebookcheck (Notebookcheck).
Vanter un écran en promettant qu’« il y a maintenant un peu plus de couleurs », c’est comme vendre du thé en disant « aujourd’hui, il est un peu plus sucré » ou faire l’éloge d’une soupe parce qu’« elle est un peu meilleure que celle d’hier ». Avec une telle profondeur de pensée technique, on pourrait sortir de nouvelles générations d’appareils tous les mardis.
Mais cela devient encore plus drôle si l’on croit les marketeurs d’Apple sur parole. L’entreprise affirme que la nouvelle dalle restitue plus fidèlement les verts et les cyans. Un instant : cela voudrait dire que, toutes ces années, votre écran professionnel mentait sur le vert ? Il y a sept mois à peine, en mars 2026, Apple vendait le mini-LED sous l’étiquette du « meilleur écran au monde dans un portable professionnel » (Apple Newsroom). Au printemps, le vert était la référence ; à l’automne, quand il a fallu justifier le supplément pour l’OLED, on a soudain découvert dans l’ancien écran une pénurie de verdure.
Combien on demande pour une nouvelle enseigne
Regardons les étiquettes de l’Apple Store américain au 29 octobre :
| Configuration | mini-LED en mars 2026 | mini-LED aujourd’hui | PROLED XDR aujourd’hui |
|---|---|---|---|
| 14″ M5 Pro (15 CPU / 16 GPU) | 2 199 $ | 2 499 $ | 2 899 $ |
| 14″ M5 Max (32 GPU) | 3 599 $ | 4 099 $ | 4 499 $ |
| 16″ M5 Pro | 2 699 $ | 2 999 $ | 3 399 $ |
| 16″ M5 Max (40 GPU) | — | 4 999 $ | 5 399 $ |
Pourquoi la colonne « aujourd’hui » de l’ancien modèle est-elle de 300 à 500 $ plus élevée qu’en mars ? Parce que dès le 25 juin, Apple a discrètement réécrit les prix de presque tous ses Mac et iPad, en invoquant une hausse sans précédent du prix des puces mémoire (Macworld). Et maintenant, par-dessus cette hausse estivale, l’entreprise a ajouté exactement 400 $ pour les lettres PROLED dans chaque configuration. Résultat : pour le portable 14 pouces de base, avec le même processeur M5 Pro, qui coûtait 2 199 $ au printemps, on demande aujourd’hui 2 899 $ — 700 $ de plus en six mois. Et si vous voulez faire passer la mémoire vive de 64 à 128 Go, préparez-vous à débourser encore 1 600 $ de plus (Ars Technica).
Dans d’autres devises, taxes comprises, le tableau est encore plus réjouissant :
| Région | 14″ M5 Pro : mini-LED → PROLED | 16″ M5 Pro : mini-LED → PROLED |
|---|---|---|
| Royaume-Uni | 2 499 £ → 2 899 £ | 2 999 £ → 3 399 £ |
| Allemagne, France | 2 899 € → 3 299 € | 3 399 € → 3 899 € |
| Japon | 429 800 ¥ → 499 800 ¥ | 519 800 ¥ → 599 800 ¥ |
| Émirats arabes unis | 10 499 → 11 999 AED | 12 499 → 14 499 AED |
À Cupertino, on chérit tout particulièrement les acheteurs européens du modèle 16 pouces : dans les Apple Store allemand et français, le supplément pour la dalle OLED n’est plus de 400, mais de 500 € pleins.
« 10,9 fois plus rapide » : le coup du poisson congelé depuis cinq ans
Imaginez que vous alliez au marché acheter du poisson. Le vendeur vous met sous le nez un sandre d’avant-hier et déclare fièrement : « Ultra-frais, dix fois plus frais que celui-là ! » Vous jetez un œil à l’étal voisin, pensant qu’il s’y trouve une pêche de trois jours. Puis vous regardez sous l’étiquette et découvrez qu’on a comparé votre poisson à une momie de colin qui a passé cinq ans au fond d’un congélateur coffre.
C’est exactement selon cette méthode de marché que sont construits tous les graphiques de performances de la présentation du nouveau MacBook Pro. Il suffit de descendre tout en bas de la page d’apple.com et de lire les notes en petits caractères pour que la magie s’évapore :
- La nouveauté n’est pas du tout comparée au MacBook Pro M5 de mars, posé dans la vitrine d’à côté — parce que son processeur est identique et que le gain est nul.
- Tous les multiplicateurs records sont calculés par rapport aux M1 Pro et M1 Max de 2021 — ce fameux poisson de cinq ans sorti du congélateur.
- Même quand Apple daigne se comparer à la génération précédente M4 Pro (2024), elle triche sur les configurations : la note précise que le nouveau portable M5 Pro a été testé avec 64 Go de mémoire, tandis que le concurrent M4 Pro a été pris dans une version allégée à 48 Go.
Et si l’on recalcule les propres chiffres d’Apple tirés de ces mêmes notes, non pas par rapport au M1 Pro de musée, mais au moins par rapport à la génération précédente M4 Pro, il ne reste pas grand-chose des slogans publicitaires :
| Slogan publicitaire d’Apple | Comparé à quoi dans la note | Score réel face au M4 Pro |
|---|---|---|
| IA, délai avant le premier jeton (LM Studio, 14B) — « jusqu’à 10,9× » | M1 Pro (2021) | ≈4× |
| Génération d’images (MLX) — « 7,6× » | M1 Pro (2021) | ≈3,6× |
| Rendu Redshift — « 5,1× » | M1 Pro (2021) | ≈1,4× |
| DaVinci Resolve SpeedWarp — « 4,9× » | M1 Pro (2021) | ≈1,5× |
| Compilation dans Xcode — « 2,2× » | M1 Pro (2021) | ≈1,3× |
| Cyberpunk 2077 — « 1,5× » | M4 Pro (mais 48 Go contre 64 Go) | 1,5× |
Quant au M5 Max 14 pouces haut de gamme, son gain en vitesse de compilation dans Xcode par rapport au M4 Max, d’après les mêmes tableaux d’Apple, n’est que d’un maigre 10 %. La promesse d’un « SSD jusqu’à 2 fois plus rapide » est assortie de deux notes à la fois (l’une compare au M4 Max, l’autre — encore une fois — au M1 Max vieux de cinq ans), et le slogan « jusqu’à 13 heures d’autonomie en plus » a carrément été calculé par rapport à un MacBook Pro fossile à processeur Intel.
Un plov 50 % plus savoureux et un abonnement payant dans un portable à 5 400 $
Là où même le M1 de cinq ans ne suffit pas à dessiner un joli chiffre, les rédacteurs d’Apple désactivent tout simplement les notes. Le communiqué annonce des « basses 50 % plus profondes » — sans la moindre explication. 50 % selon quel instrument physique ? En hertz de la limite inférieure ? En décibels de pression acoustique ? En enthousiasme du marketeur ? C’est l’enseigne classique d’une maison de thé en bord de route : « Notre plov est 50 % plus savoureux ! » Plus savoureux que quoi, et dans quelle unité on a mesuré la richesse du bouillon, c’est le secret du chef.
La lecture des notes consacrées aux deux principaux appâts logiciels — la découpe Dynamic Island et la nouvelle Siri AI — n’apporte pas moins de joie :
- La recherche Spotlight ne s’installe dans l’« île » qu’à condition que vous ayez activé Siri AI.
- Siri AI elle-même figure en version « bêta » dans macOS 27.2 et ne comprend que six langues (anglais, français, japonais, coréen, portugais et espagnol).
- Et le vrai trésor des petits caractères : les fonctions d’IA côté serveur sont soumises à des limites quotidiennes, et « un accès étendu sera proposé moyennant un supplément à l’avenir ». Autrement dit, vous payez de 2 899 $ à 5 399 $ pour un portable « professionnel », et l’intelligence artificielle qui y est intégrée fonctionne avec des tickets de rationnement, en visant un abonnement payant.
L’écran tactile : un capteur de pression des pneus de tracteur
Autre motif de fierté de la présentation : l’écran tactile, qu’Apple a qualifié pendant quinze ans d’affilée d’aberration ergonomique pour les portables, et qu’elle s’est soudain mise à adorer. Disons-le franchement : tapoter du doigt sur l’écran vertical d’un portable, c’est une idée du même acabit qu’« équiper une chaise de bureau d’un capteur de pression des pneus de tracteur ». C’est faisable, le voyant clignote, mais à quoi bon ?
L’écran se trouve à un demi-mètre de vos yeux, le meilleur trackpad en verre du marché est juste sous vos paumes, et on vous propose de tendre le bras dans le vide par-dessus tout le clavier pour promener un doigt gras sur une dalle brillante à cinq mille dollars. Les journalistes d’Ars Technica, qui ont pu tester la nouveauté sur un stand, confirment l’évidence : sur l’écran, on peut faire défiler les bureaux, zoomer sur les cartes en pinçant et déplacer des fenêtres — c’est-à-dire faire exactement ce qui se fait d’un seul mouvement de doigt sur le trackpad. Par ailleurs, le capot ne se rabat pas à 360 degrés, il n’y a pas de mode tablette, et l’écran ne prend pas du tout en charge l’Apple Pencil. Mais impossible de renoncer à cette fonction : il n’existe pas de version PROLED sans couche tactile, vous la payez d’office.
L’ère du « vrai ingénieur » John Ternus et le monopole d’une seule usine
Cette sortie a un important arrière-plan politique. C’est le premier grand lancement de Mac depuis le changement de pouvoir à Cupertino : depuis le 1er septembre 2026, c’est John Ternus qui a pris la place de Tim Cook au poste de directeur général d’Apple, tandis que Cook est passé au fauteuil de président exécutif du conseil d’administration afin d’« aider dans les relations avec les décideurs politiques du monde entier » (Apple Newsroom, Reuters).
Lorsque la nomination de Ternus a été annoncée en avril — un ingénieur en mécanique diplômé, arrivé chez Apple dès 2001 pour travailler sur les moniteurs Cinema Display, et qui a été responsable pendant vingt ans du « matériel » de l’iPad, de l’iPhone et du Mac (apple.com) —, la presse spécialisée s’étranglait d’enthousiasme. Enfin, disait-on, l’ère des financiers et des logisticiens est terminée ; c’est désormais un vrai technicien qui tient la barre, et il va nous montrer ce qu’est la puissance de l’ingénierie !
Et voici donc venue l’« ère de l’ingénieur ». Le tout premier portable phare du nouveau CEO est un ordinateur de mars sans un seul nouveau transistor dans son processeur, avec une découpe de téléphone au milieu de l’écran, une dalle couverte de traces de doigts, un supplément de 400 $ par-dessus la hausse de prix estivale et des notes de bas de page dignes d’un tricheur aux cartes, où l’on compare la vitesse avec un M1 de cinq ans. Tim Cook peut dormir tranquille : l’école de la revente du même matériel pour un second tour est entre de bonnes mains.
Par ailleurs, la dalle PROLED « révolutionnaire » elle-même rend Apple entièrement dépendante d’une seule chaîne de production externe. Selon les publications spécialisées TrendForce, The Elec et Korea Herald, cent pour cent des nouveaux écrans OLED tandem à capteur intégré (on-cell) pour le MacBook Pro sortent d’une seule usine de Samsung Display de génération 8.6, à Asan, en Corée du Sud. Le second fournisseur habituel, LG Display, n’est pas du tout monté dans ce train et ne lancera pas de ligne adaptée avant 2029. Même TrendForce, qui prévoit 1,2 à 1,5 million de livraisons des nouveaux portables en 2027, note avec scepticisme que le prix gonflé et le modèle mini-LED bien vivant sur l’étagère d’à côté tempéreront l’appétit des acheteurs.
En revanche, à la fin du communiqué, Apple n’a pas oublié de rendre compte de son bilan écologique : le nouveau portable contient désormais 55 % de matériaux recyclés. Évidemment — puisque l’intérieur du portable, ils l’ont recyclé de la version de mars à cent pour cent.
Bilan : à qui cela s’adresse-t-il ?
Si vous étalonnez des vidéos HDR à titre professionnel et rêviez du noir profond de l’OLED, vous obtiendrez une crête de 2 000 nits et 200 à 300 grammes de moins dans votre sac à dos — pour 400 $ de plus (ou 500 € en Europe). Mais toute cette beauté n’a de sens qu’à une seule condition : qu’après le lancement des ventes le 6 novembre, l’oscilloscope ne montre pas que l’écran vous martèle les yeux avec une PWM de téléphone à 240–480 Hz. Fixer pendant huit heures par jour un stroboscope de bureau à trois à cinq mille dollars est un plaisir strictement réservé aux masochistes.
Et si vous avez acheté un MacBook Pro M5 Pro ou M5 Max ce printemps, vous pouvez fermer sans crainte la présentation d’Apple. Votre portable n’est pas devenu plus lent d’un seul pour cent, et son écran ne clignote pas comme une guirlande. Et contrairement aux acheteurs de la nouveauté d’octobre, vous n’avez pas eu à payer 400 $ pour le droit d’apprendre que votre machine est dix fois plus rapide qu’un poisson de cinq ans sorti du congélateur.